samedi 1 août 2020

Cachez cette culture que je ne saurais voir

Après deux épisodes (1, 2) sur les accents et trois sur les noms (1, 2, 3), le 3e opus étant d'ailleurs déjà beaucoup plus orienté vers la culture, je pense qu'il faut voir le problème sous une forme globale et englober toute la culture.

Depuis plusieurs mois, une notion appelée « cancel culture » qui a fait son apparition aux États-Unis, arrive en France. Au départ il s'agit d'une « culture de l’annulation » une « culture de l'effacement » qui consiste a effacer de son environnement ce qui va à l’encontre de la pensée dominante dans un groupe militant, qui souvent milite pour une cause noble : féministes, antiracistes, pour les droits des personnes LGBT,...

Le magasine Stylist, cité par Martin Pimentel dans Causeur, nous en donne une version plus précise : "Dorénavant, dès que quelque chose ne nous plait plus, on peut l’annuler dans la minute : forfait de téléphone, course Uber, abonnement Netflix. Alors pourquoi ne pas annuler aussi les humains".

Comme le souligne la traduction de la philosophe et sociologue Natalie Wynn sur le site Madmoizelle, la « cancel culture » souffre de 8 caractéristiques :

  • La présomption de culpabilité (les victimes qui témoignent DOIVENT être crues, les accusés sont FORCÉMENT coupables)
  • L’abstraction (qui remplace les détails concrets et spécifiques d’une revendication par une déclaration plus générique afin de créer une culpabilité)
  • L'essentialisme (quand on passe de la critique des actions d’une personne à la critique de la personne elle-même)
  • Le pseudo-moralisme (les prétextes que nous trouvons pour justifier d’actes normalement répréhensibles)
  • L’absence de pardon (malgré ses excuses publiques, et même si les accusations se sont avérées être un tissu de mensonges, l’histoire ressortira à chacun des faits et gestes d'une personne "cancelled")
  • La contagiosité (si une personne soit dénoncée, ses amis, ses proches, ses collaborations sont passées au crible et pris à partie)
  • La vision manichéenne (les personnes sont soit bonnes, soit mauvaises, sans qu’aucune nuance ne puisse être apportée.)
  • La souffrance provoquée (les menaces et les cyber-harcèlements laissent des traces)

D'après le politologue Eric Branaa, cette notion de « cancel culture » est l’héritière des séances de délation publique tenues par les puritains à leur arrivée aux USA. Au sein des gouvernements locaux appelés "caucus", auxquels tous les citoyens participaient, il fallait tout dénoncer en public, par exemple les adultères. C'est dans ce cadre puritain qu'eut lieu le procès des sorcières de Salem en 1692 dans le Massachusetts, qui conduisit à l'exécution de 25 personnes, accusées de sorcellerie. La question philosophique "faut-il distinguer l'homme de l'artiste" est ainsi tranchée de façon manichéenne et leurs actions immorales (à l'aune d'aujourd'hui) sont reprochées à personnalités des siècles passés. Gauguin a été proposé a être "cancelled" par le New-York Times fin 2019 (à lire en français sur le site de Marianne). Le Figaro nous montre les 3 catégories de statues qui pourraient être déboulonnées si l'on suit les demandes de ces nouveaux censeurs

Ce mouvement dérive ainsi de plus en plus vers une autre traduction possible de « cancel culture » ou le mot cancel n'est plus traduit comme un nom mais comme un verbe, il s'agit alors de « détruire la culture » tel un autodafé moderne. Il s'agit alors de ne plus heurter la sensibilité de personne, et cela crée comme le montre France24 de nouveaux métiers de "sensitivity readers" qui vont vérifier qu'aucun élément les choquant n'apparait fonction de leur sexe, de leur couleur de peau ou de tout autre critère.

De même le monde du Scrabble s’interroge aussi sur l’interdiction des insultes racistes et sexistes en compétition et l'on apprend ainsi l'envie de l'association nord-américaine des joueurs de Scrabble de retirer 238 mots du dictionnaire officiel de la discipline ! D'ailleurs les termes antisémites ont déjà été retirés dans les années 1990. En France aussi les éditions récentes du dictionnaire du scrabble ignorent aussi certain mots. On se croirait dans la société de 1984 de George Orwell ou la novlangue réduit le langage pour réduire toute possibilité de conceptualiser plus large que le cadre voulu.

L'humoriste Christophe Bourdon sur la radio de la RTBF La 1ere a fort bien résumé le problème : à vouloir supprimer tout ce qui heurte la sensibilité de quelqu'un on se retrouve dans un monde vide sans culture, sans histoire, un monde de présent sans passé ni avenir. Et de nous citer le livre 1984 : " Tous les documents on été détruits ou falsifiés, tous les livres réécrits, tous les tableaux repeints, toutes les statues, les rues, les édifices ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Que le parti puisse étendre le bras vers le passé et dire d'un évènement cela ne fut jamais, c'était bien plus terrifiant que la simple torture ou la mort. La dictature s'épanouit sur le terreau de l'ignorance"

Enfin, seule réaction, dans une lettre ouverte publiée sur le site de la revue américaine, Harper’s Magazine, plus de 150 auteurs et personnalités intellectuelles mettent en garde contre une forme de censure inédite exercée par des minorités – ou pour leur compte – qui se prétendent dépourvues de tout pouvoir politique, économique et médiatique. Comme nous le dit Jerémy Stubbs dans Causeur cette nouvelle censure qui s’exerce dans les universités, les maisons d’édition, les médias et même les entreprises, se caractérise par une « intolérance à l’égard des opinions divergentes », un « goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme » et une « tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. » Il s’agit d’exclure du discours public à la fois certains points de vue et les voix qui les portent. L’idéologie au nom de laquelle ces prohibitions sont imposées s'appelle le woke, ce politiquement correct dopé aux stéroïdes ...

jeudi 16 juillet 2020

Aurons-nous prochainement les portraits de nos ancêtres ?

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Plusieurs informations mises ensemble peuvent le laisser penser mais ils risquent fort d'avoir tous un peu la même tête

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mardi 23 juin 2020

La guerre généalogique vient-elle de démarrer ?

Le 8 février dernier, Jean-François Pellan, le président du CGFinistère, lors de son assemblée générale a prononcé un discours où il pointait les « incidences » qui résultent de l’activité concurrentielle entre les sociétés commerciales de généalogie et « bon nombre d’associations ». Son propos a été repris dans la revue ‘ Le Lien ‘ du CGF n°153 de mars 2020. Après que les pages de cette revue aient été postés sur un forum Généanet (j’imagine que le CGF appréciera l’indélicatesse de l’adhérent qui rend publics les propos privés tenus à l’intérieur d’une association), Généanet s’est fendu d’une lettre ouverte en réponse à Jean-François Pellan et au monde associatif généalogique en général.

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jeudi 11 juin 2020

Cachez ce nom que je ne saurais voir (IIIe)

Le deuxième épisode de cette série date de 2017, à l'époque où une série de rassemblements de l'extrême droite américaine organisée à Charlottesville en Virginie (États-Unis), les 11 et 12 août 2017, pour protester contre le retrait de la statue du général sudiste Robert Lee. Nous avions tenté de montrer que la question des odonymes et du statutaire n'est pas simple à trancher entre encenser, commémorer ou se souvenir.

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lundi 8 juin 2020

ADN et Généalogie XXVe

25e article sur le sujet, quelques jours après le 24e, car 2 articles parus dans la presse et une publicité valent, à mon avis, le temps de s'y pencher

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dimanche 31 mai 2020

ADN et Généalogie XXIVe

Quelques nouvelles du monde merveilleux des tests ADN... alors que le projet de loi de bioéthique devrait revenir prochainement à l’Assemblée pour être examiné en seconde lecture et que la question de l’autorisation des ADN généalogiques récréatifs peut encore ressurgir bien que les amendements s'y afférant aient été rejetés tant en première lecture à l'Assemblée qu'au Sénat

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mercredi 22 avril 2020

Nouveautés dans les bases

L'année 2019 a été riche en amélioration des bases de FranceGenWeb.

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lundi 20 avril 2020

Associations généalogiques : tout à réinventer (VIe) ?

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ship-3587946_640.jpgSuite de ces billets annuels cette fois-ci avec l'optique du confinement.

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mercredi 8 avril 2020

Les idées généalogiques du confinement

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Depuis le 18 mars, nous avons partagé avec vous une idée généalogique par semaine sur les réseaux sociaux. Ces idées permettent d'enrichir les bases de FGW et de fournir ainsi à tous des informations structurées autour d'un thème.

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samedi 7 mars 2020

De la technologie dans les cimetières (IVe)

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4e opus de cette série, après 1 premier article en 2007 puis deux articles en 2011 (ici et )

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dimanche 23 février 2020

ADN et Généalogie XXIIIe

Il y a quelques jours Geneanet a franchi une nouvelle étape dans son envie d'implantation sur le marché de l'ADN généalogique

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samedi 1 février 2020

Zoom sur les sources (IVe)

Après un premier épisode consacré à la standardisation des sources puis un deuxième épisode centré sur les erreurs possibles, et un troisième opus qui commente une étude consacrée aux sources dans les ressources en ligne, ce quatrième épisode va rebondir sur l'article de blog de l'américain Dick Eastman qui se demande si on enregistre des conte de fées dans sa généalogie.

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samedi 25 janvier 2020

L'intelligence artificielle au service de l'identification des individus sur les photos anciennes

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L'identification des individus sur les photos anciennes est un casse-tête auquel tous les généalogistes sont confrontés. Kurt Luther, un professeur de l'université américaine VirginiaTech a lancé avec deux autres passionnés un site qui utilise des algorithmes pour identifier les photos des militaires en uniforme datant de la guerre de Sécession (1861-1865)

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dimanche 12 janvier 2020

ADN et Généalogie XXIIe

Notre dernier article en octobre dernier sur le sujet essayait de démontrer que les arguments de la tribune de DNA Pass dans le journal Le Monde étaient fallacieux. Or depuis nous avons assisté en décembre à l'audition au sénat de la FFG, de DNA-Pass et de Geneanet et Filae puis il y a quelques jours au vote d'un amendement en faveur des tests ADN récréatifs. Comme le dit la revue française de généalogie (RFG) Quant à savoir si les tests ADN seront réellement autorisés en France, il est un peu tôt pour le dire. La Commission spéciale sur la bioéthique a voté certes deux amendements favorables, mais cela ne préjuge en rien des débats qui vont se tenir à partir de la semaine prochaine. Ils pourraient remettre en question cette autorisation. Et puis le texte sera revu à l'Assemblée, {où} les députés {peuvent initier} un nouvel amendement pour révoquer les amendements du Sénat.

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samedi 11 janvier 2020

Listes de diffusion VIe

Quelques semaines après Yahoo c'est au tour de Rootsweb de jeter l'éponge. En octobre dernier nous vous informions qu'Oath changeait les conditions d'utilisation de Yahoo, réduisant drastiquement les capacités des listes (perte de l'historique, plus de pièces jointes, plus d'invitations)... Le mouvement semble malheureusement être un mouvement de fond.

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mercredi 1 janvier 2020

Blog & réseaux sociaux de FGW : bilan 2019 (IIe)

Comme l'an dernier, voici la deuxième partie qui s'intéresse à ce qui a moins marché. Comme dit hier, contrairement à l'an dernier, sur les articles écrits cette année, aucun ne se dégage comme étant le plus commenté, il en va de même pour le moins commenté.

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mardi 31 décembre 2019

Blog & réseaux sociaux de FGW : bilan 2019

En cette fin d'année les blogueurs généalogiques font le bilan. L'occasion pour moi de vous signaler 2 bilans, celui de Jimbo et celui de Céline Souef. En y regardant de plus près, ces bilans sont d'ailleurs plus rédigés comme des objectifs pour 2020, le bilan 2019 étant celui de l'éparpillement pour Céline, celui de l'inaction pour Jimbo. Je comprends ce constat, mais je ne pense pas qu'il soit un échec, un projet généalogique n'est pas un projet fini, il y a toujours plus a chercher (en dehors de l'état-civil par exemple) et donc l'avancement n'est pas linéaire. Jimbo nous indique également dans ses objectifs, participer à la recherche de son sosa 2020, reproduisant la recherche du 2019 lancée par la FFG sur twitter en début d'année 2019

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jeudi 26 décembre 2019

Une autre façon de visualiser sa généalogie ?

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M Wynands l'un des utilisateurs de Gramps vient de mettre en ligne une approche différente pour partager sa généalogie. Pour mieux comprendre, je vous propose de faire un clic droit sur les images afin de les ouvrir dans d'autres onglets de votre navigateur.

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jeudi 19 décembre 2019

Associations généalogiques : tout à réinventer (Ve) ?

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Ce billet annuel fait série à celui de 2018, celui de 2017, celui de 2016 et celui de 2015. A vrai dire, l'annualité de la publication n'était pas inhérent au thème, mais depuis 5 ans, des articles de blog (Tom Prat, Brigitte Snejkovsky), un président d'association (Pierre Le Clercq) puis la fermeture de Bigenet ont alimenté le débat.

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samedi 23 novembre 2019

La notion de biens communs (VIIe)

7e opus de cette série qui a commencé en 2011. 3 épisodes (1, 2 et 4) centrés sur le sujet, 2 épisodes (3 et 5) croisés avec le droit d'auteur et un (6) croisé avec les notions de vie privée. Aujourd'hui intéressons nous à différencier bien commun et bien public

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