A l'heure où certains réclament dans le cadre des états généraux de la bio-éthique un usage récréatif en France des analyses ADN, je pense qu'il faut refaire un point de ce que l'ADN fait et ne fait pas pour le généalogiste.

L'ADN permet de vérifier les relations de parenté entre des personnes dont la relation est sensée être proche, cela permet donc de valider/invalider une paternité (ou paternité commune) entre deux personnes dont on peut prélever l'ADN. Cela renvoie le généalogiste à savoir quelle généalogie il tenter d'effectuer, une généalogie génétique ou familiale lorsque ces deux notions ne se recoupent pas (cas d'adultère comme d'adoption).

On peut encore reconstituer un profil ADN particulier d'un ancêtre lorsqu'il est isolé au milieu d'une population très différente. Je vous invite à lire à ce propos, l'article de Marc Gozlan "Le génome d’un esclave africain né au XVIIIe siècle reconstitué à partir de ses descendants islandais" qui s'intéresse au cas de Hans Jonathan, né esclave en 1784 sur l’île de Sainte-Croix, aux Antilles. Son père était européen. Sa mère, Emilie Regina, était Africaine. En 1802 il parvient à fuir Copenhague et à s'installer en Islande, où il fondera famille.

On peut encore s'intéresser aux progrès de la police scientifique, qui peut à partir d'un échantillon d'ADN, sortir des caractéristiques précises avec plus de 80% de réussite : couleur de peau, présence/absence de taches de rousseur, présence d'alopécie... Cela peut permettre de reconstituer une partie du "portrait robot" mais pas la forme du visage. D'autres techniques de police scientifique permettent de reconstruire un visage à partir du squelette.

Mais imagine-t-on les généalogistes de demain demander l'ouverture des sépultures de leurs ancêtres afin de réaliser un prélèvement "récréatif" d'ADN ou de pouvoir faire un portrait robot de leur ancêtre ? Les généalogistes imaginent-ils pouvoir trouver un ancêtre non documenté au 17e siècle à l'aide d'échantillons prélevés uniquement de nos jours ? A part dans le cas peu courant de Hans Jonathan, ça va être difficile.

Oublie-t-on également que ces analyses ADN forment un fichier dont l'exploitation est confiée à une société privée ? Acceptons nous de renoncer à notre vie privée au point de confier notre identité numérisée à n'importe qui ? Qui nous garantit que ces identités ne serviront pas à un groupe où à un autre à relancer des notions de pureté du sang, ou de créer un nouveau racisme basé sur un critère génétique ?

En conclusion je vous invite à dire aux états généraux de la bio-éthique, qu'il ne faut pas céder aux sirènes de l'ADN récréatif mais bien sûr vous avez le droit de ne pas être d'accord avec moi et de vous exprimer ci-dessous