Le généalogiste Sylvain Oerlemans‎ explore publiquement ce lien dans le groupe "J'aime visiter les cimetières" sur Facebook a propos d'un article du magazine Geo intitulé "Des archéologues découvrent une femme celte enterrée depuis 2200 ans dans un tronc d'arbre". Sa réflexion est la suivante "Mais quand donc laissera-t-on les morts reposer en paix? Il y a un vrai problème avec l'archéologie. On se permet de mettre à jour des personnes inhumées dans leur sépulture d'il y a 2000 ou 3000 ans mais il ne viendrait à personne l'idée de se comporter de la même manière avec des tombes de nos cimetières datant d'il y a seulement 5 ou 10 ans. Une fois mort, mon corps mis en bière et mon cercueil mis dans un caveau, je m'attends à ce que ce soit pour l'éternité! En d'autres mots, pour toujours, à jamais, jusqu'à la fin des temps. L'inhumation d'un défunt n'est pas un contrat de location saisonnière, que diable! Personne ne devrait avoir le droit d'y déroger et de se permettre d'y revenir, une fois que les proches ont disparu eux-mêmes. D'après vous quel est le temps nécessaire pour que l'on tolère/accepte de disposer d'un mort, en contradiction flagrante et évidente avec sa volonté d'avoir voulu rejoindre l'éternité, loin des hommes?"

Cette réflexion entraîne sur Facebook son lot de commentaires excessifs (dû sans doute à la nature des réseaux soi-disant sociaux) mais elle a le mérite de poser un problème qui n'est à vrai dire quasiment jamais abordé par les généalogistes.

Il existe en effet un biais entre le ressenti du grand public et le droit. Pour ce dernier il n'existe que 4 sortes de concessions funéraires (temporaire {entre 5 ans et 15 ans}, trentenaire {30 ans}, cinquantenaire {50 ans} et perpétuelle {durée illimitée} qui peuvent être panachées dans un même cimetière. Toutes les concessions ne sont donc pas sanctuarisées sans limites. Les communes peuvent reprendre les concessions soit 2 ans après l'échéance de la durée limitée (s'il n'y a pas de demande de renouvellement), soit en cas d'abandon (si 3 ans se sont écoulés après le constat d'abandon qui a réuni les trois clauses suivantes : la concession a plus de 30 ans, la dernière inhumation a plus de 10 ans, et l'entretien n'est pas réalisé).

Donc le droit des sépultures ne nous protège que peu, le cas extrême pour répondre à la question de Sylvain pourrait être 7 ans (une concession de 5 ans, reprise 2 ans plus tard). Cependant le code pénal incrimine les atteintes à l'intégrité du cadavre, la violation et la profanation de sépulture (article 225-17 du code pénal). Est également prohibé par l'article 434-7 du code pénal le recel de cadavre. Enfin, la réflexion de Sylvain rejoint également l'avis de l’anthropologue Chip Colwell de l'université du Colorado, qui nous dit que "la science n'a pas tous les droits sur l'ADN des morts". Pour plus de détails cf notre article ADN et Généalogie XVIe.

L'intégrité corporelle est donc théoriquement protégée après le décès. Et pourtant personne n'incrimine les archéologues et anthropologues... Alors la question posée reste parfaitement valable "quel est le temps nécessaire pour que l'on tolère/accepte de disposer d'un mort ?"

De manière globale, cela pose comme le souligne Sylvain la question philosophique de savoir pour qui sont faites les sépultures ? Pour les vivants ou pour les morts ? Sont-elles un endroit pour que les vivants se recueillent et fassent le travail de deuil ou sont-elles le lieu de repos éternel du mort ?

Pour aller plus loin sur ces problématiques, vous pouvez lire le livre "Ouvrez quelques cadavres - Une anthropologie médicale du corps mort" de Philippe Charlier, chercheur au laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale de l’université Paris Descartes.